AMP va-t-il devenir l’usine à cash de Google ?


Google a été pendant trop longtemps le seul maître à bord sur le marché de la publicité. Son programme adword lui assurant des revenus plus que confortables. Mais avec l’émergence de l’iPhone et de son environnement fermé, couplé à la croissance des plateformes sociales Facebook, Snapchat etc., capables de proposer des inventaires publicitaires ultra ciblés et de retenir l’utilisateur, son écosystème a provoqué une chute de ses revenus publicitaires. Le géant de Mountain View ne pouvait pas rester les bras croisés, il a amorcé la riposte dans un contexte dominé par la consultation des contenus sur mobile.

AMP pour un web mobile plus rapide…

Il y a un peu plus d’un an était déployé « Accelerated Mobile Pages Project », un projet open source dont l’objectif avoué est d’accélérer le web sur mobile. Belle initiative de Google qui semble vraiment sensible à l’expérience utilisateur. Le géant de Mountain View a créé pour l’occasion AMP, un projet open source (c’est important, ca protège d’un abus de position dominante car tout le monde peut apporter sa pierre à l’édifice), dont le principal contributeur est lui-même. Les technologies que nous avons à disposition aujourd’hui ne sont-elles pas suffisantes pour atteindre des performances similaires à AMP pour peu que le nombre de « scripts magiques » sur nos sites ne soit pas trop important ?

…mais pas seulement

En imposant son standard AMP sur mobile (peut-être un jour sur desktop ?), Google contrôle tous les acteurs de la publicité qui pourront diffuser de la publicité sur AMP. Je ne vous fais pas de dessin, l’idée est d’imposer DFP. Gardez en tête la déclaration surprenante de Nathan John, Search Quality Analyst qui vilipende Outbrain et Tabola dans un tweet. « Si on désire signaler ou se plaindre de fausses informations, peut-être faudrait-il réfléchir à deux fois avant d’insérer des liens Taboola ou Outbrain sur son site ? » Traduction, retirez vos pubs outbrain et remplacez les par notre programme de publicité native sous peine d’être pénalisé. De l’autre côté de la chaîne, les éditeurs de site n’ont pas d’autres choix que de proposer une version AMP de leur site sous peine de rater des opportunités de trafic. Double victoire pour Google car en accélérant le chargement des pages, il augmente mécaniquement son inventaire publicitaire à commercialiser. Par ailleurs, Google a annoncé la création d’un index mobile qui sera moins coûteux à crawler avec des pages standardisées AMP.

De plus avec AMP, la firme de Mountain View accélère sa stratégie de « plateformisation » de son moteur. L’histoire a commencé il y a quelques années avec le schéma.org qui a permis de mettre en avant des données formatées directement visibles depuis le moteur pour retenir le visiteur sur le moteur. Il ne restait plus qu’à proposer le contenu dans l’univers du moteur… C’est maintenant chose faite avec AMP. L’utilisateur n’a plus besoin de quitter l’écosystème Google.

Google part à la conquête des grands comptes

L’agressivité de google se traduit par la conquête des grands comptes qui était la chasse gardée des agences. Face à des agences qui ne jouent pas le jeu de la transparence, Google propose des solutions pragmatiques orientées retour sur investissement. Il se dit même qu’il ne serait pas très fair play en taclant ces dernières par derrière. Les temps changent et les annonceurs commencent à prendre la mesure de leurs investissements.

Je ne fais pas du Google bashing, les GAFA se livrent à une bataille commerciale sans merci. Google devait réagir face à cette nouvelle concurrence et l’accélération du web sur mobile n’est pas une mauvaise chose cependant d’autres moyens de pression existent pour accélérer le web sur mobile. On aurait pu imaginer un vrai boost du positionnement dans les SERP en fonction du temps de chargement. Une mesure qui aurait obligé les éditeurs à optimiser leur site sans avoir à développer une nouvelle version avec des contraintes drastiques.

Publié le 20/02/2017 - Romain Thierry